JOHANNE LINDSAY: LA VOIX BLANCHE POUR TOUTES LES AFRICAINES ET CONTRE LES STANDARDS DE BEAUTE "A L'OCCIDENTALE"

D’origine amérindienne et écossaise mais humaine avant tout, cette québécoise de 51 ans est une passionnée de communication. Mère et grand-mère, Johanne Lindsay a été et est très active pour divers projets et à des niveaux très différents. Du social avec des tables de concertation intitulées « Non à l’excision », par exemple, en passant par la politique, en qualité d’attachée de campagne de Béatrice Zako, elle est très impliquée. Son gros coup de cœur reste, par contre, sa participation en tant qu’animatrice, durant près d’un an, dans deux radios Web : RTMfm et CameroonVoice. Elle qualifie cette expérience d’édifiante car pense qu’il faut explorer. Son émission « Cœur d’africaine » relatait des sujets variés socioculturels et avait pour mission de faire le pont entre nos diverses cultures. Actuellement, elle est dans l’écriture d’un livre et souhaite, à partir de ce dernier, créer une nouvelle émission….

Aujourd’hui, elle nous parle de sa relation particulière avec le continent noir et de son avis sur les femmes aux formes voluptueuses.

Comment est née l’idée de faire une émission dans un pays occidental pour objecter le suivi des standards de la beauté par la diaspora africaine, particulièrement ?

En fait, je pense que les standards de beauté doivent être brisés car il est malsain de conformer les femmes à un seul modèle de beauté et, ainsi, voir la diaspora africaine plonger dans des concours de « personnalité » me révolte, surtout quand on sait bien d’où viennent les critères des standards de beauté occidentale.

Un amour pour l’Afrique ?

Assurément, mais j’ai un amour pour tout peuple et humain. Le continent africain a sa fierté ; alors, pourquoi l’emprunter à ses « oppresseurs ». Mon langage serait le même que pour tout autre continent qui tente d’imiter un mauvais penchant culturel. Tout ce qui restreint l’humain me répugne ; ça l’empêche d’évoluer et de faire la différence dans la conscience d’homme.

Quand avez-vous débuté cette émission à la radio ? Quels types de sujets traitez-vous généralement ?

En juillet 2014 et voilà une brève liste des émissions :

- Pourquoi la diaspora africaine imite les concours de beauté occidentale »

- Pourquoi aidons-nous » (La diaspora africaine à travers le monde injecte plus de 25 milliards de dollars en Afrique) (Qui abuse ? La famille. Comment se sent-on lorsqu’on nous demande de donner sans cesse

- La communication dans le couple

- Polygamie, polygynie versus polyandrie

- Les tabous sexuels – plaisirs coupables ou partagés

- Non à l’EXCISION.

Les travaux les plus emblématiques que vous avez réalisés dans ce cadre ?

Je pense que les tables de concertation sur l’excision ont été de belles réalisations. La prise de conscience de certains auditeurs l’a été également lors du traitement du sujet sur la communication dans le couple. Tout ceci m’a emmenée à vouloir écrire un livre qui sera terminé pour mars.

Prenez-vous ce combat comme un tremplin vers une autre chose, ou comme quelque chose qui vase concrétiser sur un plan professionnel ou personnel ?

Ce que j’ai constaté, c’est que, pour tout sujet, l’aspect physique revenait constamment et que les femmes rondes sont, parfois, jugées à tort. On dit qu’elles sont moins séduisantes, moins sollicitées et moins enclin au succès ; elles sont marginalisées, et pas juste par les hommes mais par les femmes également. Par contre, les excès, que ce soit dans la maigreur ou la grosseur, sont une maladie soit psychologique, soit physiologique et ce n’est pas ici le débat. Quand je parle de femmes rondes, je ne parle pas des excès morbides, non plus, je pense que ce combat est de démontrer que les femmes rondes sont comme toutes les autres femmes : attirantes, attrayantes et intelligentes.

Que pensez-vous de l'anorexie ? Croyez-vous que, d’une certaine manière, l'industrie de la mode est responsable de cette épidémie ?

Oui, en majorité ! Tout désordre alimentaire est une conséquence sociale qui débouche sur une atteinte psychologique. Prenons l’exemple des obèses morbides, avec les pulsions de compenser leurs sentiments et leurs émotions par l’alimentation et le fait de ne pas bouger suffisamment ; ce qui est, d’ailleurs, une cause directe reliée à la facilité que procure l’industrialisation. Il en va de même pour l’anorexie ayant pour but de plaire et de performer en reproduisant une image inventée par des couturiers, en majorité, homosexuels qui ont modulé le corps de la femme pour le mettre androgyne ou à l’apparence d’un jeunegarçon ; ce qui éliminait toute courbe. Cela est, dans ce cas ou l’autre, malsain.

Un débat existe depuis longtemps sur l’utilisation du terme « taille plus » chez les mannequins. Quel est votre avis ?

Les termes employés m’importent peu ; ce qui compte, c’est le bien-être. Chose certaine, les tailles fortes, voluptueuses ou plus ne sont pas la majorité alors qu’on les définisse par un terme ou l’autre, c’est une réalité tout simplement mais la beauté demeure, toutefois, dans la différence.

Devenir mannequin ou faire des photos est pour certaines une façon de s’accepter et pour d’autres un moyen d’avoir confiance. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que chaque personne est libre de faire ou de créer selon son bien-être et de s’assumer. Si vous aimez être mannequin ou modèle, allez-y !

Où vous situez-vous ?

La confiance en soi ne vient pas avec un mode d’emploi. Certains (es) la démontrent mieux que d’autres. La confiance s’acquiert petit à petit et ce, dans divers domaines ou étapes de la vie.

Selon vous quels sont les changements que la société actuelle devrait faire évoluer ?

Et bien, on constate, par certaines publicités de produits de beauté ou alimentaires, un virement dans leurs messages et je pense que les services concernés dans la santé publique émettent de fortes recommandations avec messages à la population pour tenter de changer les mentalités. De plus, il y a un

début, dans certains pays d’Europe, notamment la France, d’interdiction de podium pour certains mannequins trop maigres. Il serait dommage de voir la diaspora africaine tomber dans le panneau des concours de beauté- « personnalité » ou du mannequinat à l’occidentale.

Ce n’est pas un défaut d’être ronde, c’est juste une particularité. Que répondrez-vous à cela ?

(Rires) Vous voyez des hommes à la stature petite et d’autres qui sont grands avec une largeur d’épaule double… Imaginez que pour les femmes il en soit de même ; nous n’avons, en partant, pas toutes la même stature. Les prédispositions génétiques, les grossesses, la stature, l’âge, … peuvent jouer plus chez la femme que chez l’homme. Toutefois, promouvoir la santé, « malgré » les rondeurs, reste le point d’équilibre. En toute honnêteté, j’aime bien mes rondeurs, quoique, depuis quelques mois, je doisredoubler d’effort pour perdre un peu pour ma santé.

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Pourquoi avez-vous voulu être un « porte-parole » pour ce combat ?

Car quand on est ronde, on doit s’assumer, s’aimer, s’apprivoiser et explorer son potentiel beauté et succès au maximum. Tout n’est qu’assurance. C’est ce que je fais et c’est ce qui m’a comblée et faite évoluer. J’aimerais inspirer d’autres femmes.

Quelle est la place de la femme noire ronde dans la mode ou la publicité ?

Les femmes rondes, en général, qu’elles soient noires, blanches, jaunes et rouges et n’aient pas beaucoup de visibilité, c’est à exploiter sans marginalisation.

Qu’est-ce que vous attendez désespérément dans ce milieu pour les femmes aux formesvoluptueuses ?

Que les vêtements ne coûtent pas plus chers (rires), que les femmes rondes voient leurs pleines valeurs et prennent confiance en elles-mêmes.

Vous avez également évoqué être sidérée par l’émergence des concours de beauté chez la diaspora. Expliquez-nous !

C’est une mode qu’on voit partout maintenant. Tous les ressortissants des pays d’Afrique veulent leurconcours : Miss Cameroun, Miss Sénégal, Miss Guinée, Miss Afrique, Miss, etcétéra… Ce n’est pas sérieux ! Cela va durer quelques années seulement et même. De plus, promouvoir, comme dans certains concours, le « Sois belle et tais-toi », c’est encourager l’hypocrisie d’une domination et taire la valeur d’une personne.


« Avec son bagage intellectuel axé sur le management d’affaires et la gestion des entreprises, Angélique Marguerite Berthe Diène aka Blacky Gyan dirige A'S de la Perfection, un concept-store éthique et solidaire alliant africanité et modernité : mode, design, photographie, ... et créé par son jeune frère, Stefdekarda et a fondé R Magazine ou la re-naissance de l’Art qui se veut, à travers le monde, être le miroir d'artistes ou d’arts connus mais surtout "inconnus" ou méconnus. Elle est dans une perspective de construire le rêve africain et a, notamment, co-lancé Afro Women Workshops, un regroupement de femmes entrepreneures «africaines» de souche ou de coeur. »